Dans mon quotidien, il y a des choses que j’apprend seule, dans le silence de l’atelier, les mains plongées dans la terre, concentrée sur le dialogue que j’entretiens avec la matière.
Et puis, il y a les rencontres. Celles qui nous bousculent, qui nous enrichissent, qui nous font voir notre propre art sous un autre prisme. Et ça n’est pas toujours un exercice facile, parfois ça chamboule tout en nous, mais…depuis que j’ai choisi cette voie, j’ai compris une chose essentielle : la céramique, comme tout autre forme d’art est un art profondément humain.
Bien sûr, il y a la technique, les gestes répétés jusqu’à en devenir complètement instinctif, comme un prolongement de mon corps parfois, je passe des heures à perfectionner une courbe ou une texture pour finir par sentir une satisfaction viscérale.
Mais au-delà de ça, il y a ces échanges, ces instants où l’autre, qu’il soit artiste, artisan, d’une profession complètement opposée ou simplement novice curieux, qui me réveille. Face à moi, vous devenez miroir, source d’inspiration et fragment de ma construction d’artiste.
Être seule me permet de me concentrer, de prendre le temps de me développer, de me ressourcer, mais je ressens le besoin de partager, de m’ouvrir, d’inspirer et de m’inspirer pour faire grandir mes idées. Et je crois sincèrement que le collectif est un élan infini de créativité.
Créer ensemble, apprendre autrement
Les collaborations ont ce pouvoir unique de repousser mes limites. Travailler avec d’autres artistes ou artisans, c’est accepter de sortir de son propre cadre, de voir autrement, de confronter des visions, d’oser des associations inattendues.
Dans ces collaborations je veux offrir l’inattendu, je veux repousser les limites de mon univers. Chercher de nouvelles personnalités semblables ou non à ma vision, me pousse à me renouveler constamment, à m’améliorer, me questionner. L’expérience de l’autre me fascine souvent, me rassure parfois ou m’interroge.
Quand je collabore ou réponds à une demande spécifique, mon regard se décale. J’apprends à voir mes pièces dans un espace différent, à les imaginer sous une autre lumière, à penser autrement la forme et la fonction. Ces échanges nourrissent ma créativité d’une manière précieuse, m’obligent à questionner mes choix, à affiner mon intention, à me rapprocher de moi, de mon être créatif profond.
Une chose qui m’attire, serait de travailler sur un projet commun avec un autre artisan. Je sais que cela me bousculerait, moi qui aime contrôler, décider de tout, mais il serait temps de me canaliser pour m’ouvrir davantage, pour accepter que tout n’est pas entre mes mains. J’ai envie de découvrir autrement que par ma pensée, mes gestes, mes goûts, mes idées… Je ne suis pas meilleure que les autres.
Les ateliers : une transmission à double sens
Et puis, il y a aussi un autre type de rencontre, plus discrète mais tout aussi puissante pour moi : celle qui naît lors des ateliers. J’y viens en tant que guide, transmettant un savoir-faire, une approche, une sensibilité et surtout ma passion du travail de la terre. Mais la vérité, c’est que j’y apprends autant que j’enseigne.
J’observe. Je vois des mains hésitantes puis assurées, des regards émerveillés face à la transformation de la matière, des personnalités qui s’expriment à travers un simple geste et qui découvrent leurs capacités. Et là j’arrive à prendre de la hauteur, j'apprécie de les voir se découvrir dans cette discipline si innocente après tout, comme des enfants qui explore de nouvelles possibilités, ce moment se suspend très souvent lors d’un moment de calme et de silence absolu où la création flotte dans l’air.
Et chaque participant me renvoie une facette différente de la céramique. Certains abordent la terre avec spontanéité, d’autres avec minutie. Il y a ceux qui veulent tout comprendre, tout maîtriser, et ceux qui se laissent porter, explorent sans chercher la perfection. De cette façon, j’apprends sur ma propre patience, sur ma façon de transmettre, sur ma capacité à lâcher prise ou au contraire à cadrer quand il le faut.
Ces moments d'échanges me rappellent pourquoi je fais ce métier. Pourquoi, malgré la rigueur, les essais infructueux, les imprévus d’un four capricieux, je reviens toujours à la terre. Parce qu’elle est vivante, parce qu’elle se partage, parce qu’elle crée du lien, parce qu’elle aide à se déployer.
Chaque rencontre laisse une empreinte
Chaque personne croisée dans mon parcours a laissé une trace, parfois discrète, parfois décisive. Un mot, un regard, une manière d’approcher la matière, une façon de m’approcher… Tout cela s’accumule et façonne, lentement, ma propre évolution d’artiste mais aussi de femme.
La céramique m’apprend aujourd’hui, qu’on ne crée jamais vraiment seul. Même dans la solitude de l’atelier, flottent toujours l’écho de ces échanges passés, ces inspirations empruntées au fil des rencontres. C’est peut-être ça, finalement, la beauté de l’artisanat : un dialogue perpétuel entre ce que l’on donne et ce que l’on reçoit.
Alors merci à toutes ces rencontres, à ceux qui croisent mon chemin, à ceux qui façonnent, sans le savoir, mon regard et ma sensibilité. Hâte de vous rencontrer, sur de nouveaux chemins.
Céramiste passionnée, Lola Michèle.
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